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BALADES COMMUNE DE VIEUX-FORT

LA TRACE DES ALIZES

Par Gérard Berry, vice président du CGRP (Comité Guadeloupéen de Randonnée Pédestre), Président de l'OGMC (Organisation des guides de montagne de la Caraïbe), auteur des (Plus belles balades) et co-auteur de (Guadeloupe entre terre et mer).

Vous ne pourrez pas vous tromper, en Guadeloupe il n'existe qu'un seul sentier de Grande Randonnée (GR), La Trace des Alizés. elle traverse la Basse-Terre dans toute sa longueur (Vieux-Fort au Sud à la Plage des Amandiers au Nord). La durée de cette balade varie de 5 à 6 jours. Tout au long de cette trace vous trouverez des refuges. Elle est réservée aux randonneurs avertis et bien entraînés.

Avertissement:
Une GR est une balade qui se prépare physiquement et mentalement, il est conseillé de faire appel à un guide local.

Le départ se fera à Vieux-Fort Route de Matouba à l'extrême Sud de la Basse-Terre. Vous etes prêt pour une merveilleuse aventure: Traverser la BASSE-TERRE soit 65 km environ où vous découvrirez des endroits merveilleux que vous ne pouvez voir autrement. Il faut être un passionné et un amoureux de la nature pour mener à bien ce long périple.
Cela reste un parcours hautement sportif.

PREMIERE JOURNEE 6H
Route de matouba à Vieux-Fort. Nous voici au rendez-vous, parés pour l'effort, bien entraînés et prêts mentalement, munis de nos sacs à dos, déterminés à nous dépasser en allant jusqu'au bout d'une merveilleuse aventure: celle de traverser la Basse-Terre du Sud au Nord, en quatre jours, de Vieux-Fort à Sainte-Rose, en empruntant les sentiers de montagne.

Notre groupe composé de responsables d'associations, tous passionnés de randonnée et amoureux de la nature, porte en lui l’espoir de la réussite de ce long périple, né du désir commun de ces concepteurs. Notre but ? Prouver que la trace des alizés, parcours hautement sportif, bien que délaissée à cause du manque d’entretien est encore accessible aux randonneurs avertis, et doit être, après certains aménagements, réhabilitée.

Une première séance photos avant de démarrer, pour graver cet instant, souvenir inoubliable pour ces 12 aventuriers entourés de randonneurs amis, ainsi qu’une dizaine de pompiers du GRIM (Groupe de Reconnaissance et d’Intervention en Milieu Périlleux)qui ont choisi de se mêler à nous tout au long de cette première journée, soit au total de 28 marcheurs.

Les consignes sont rappelées et le départ est donné à 6h34. Une longue colonne se dessine sur le sentier au fur et à mesure qu nous y prenons rang, encadrés de nos sympathiques guides Gérard en tête et Evelyne en serre-file.
Nous nous élançons, décidés, gonflés à bloc, car les 22.25 km et les 1627 mètres de dénivelées prévus pour cette journée ne nous font pas peur. Il fait beau en franchissant les monts Caraïbes, pas faciles pour un début car ça grimpe sec. Nous parlons peu, il faut économiser son souffle. Après Gros Acajou, c’est la descente et puis soudain, il y a un détour, la Soufrière surgit. Nous entamons alors l’agréable descente sur Champ Fleury que certains dévalent en courant comme des gamins. Puis c’est la remontée vers le plateau Palmiste, l’appréciable pause repas sous les carbets, à deux pas d’un rafraîchissant point d’eau, à Moscou aux pieds de la Madeleine : il est 10h40. En pleine forme, nous échangeons la nourriture et passons d’un carbet à l’autre afin de mieux faire connaissance, c’est la détente.

Après ce repos bien mérité, direction Grand Etang où nous arrivons à 13h10. Là nous semble agréablement surpris et ravis d'être accueillis comme des héros sous les applaudissements et les félicitations de touristes mis au courant de notre périple. Leur présence nous ramène à la civilisation. C'est ici que les pompiers terminent leur parcours ainsi que les autres randonneurs de la journée. Nous nous séparons avec regret. la route bitumée qui conduit vers les Chutes du Carbet se gravit sous la pluie; il est 14h10, c'est également le lieu de rendez-vous avec la logistique pour les échanges de petits sacs à dos du départ contre le gros sac dont le poids avoisine pour certain 14 kilos.
C'est à cet instant précit que commence véritablement l'aventure. Nous voici beaucoup moins nombreux, sous une pluie qui redouble d'intensité, un ciel sombre, un horizon bouché, des sacs plus lourds; mais l'exitation est toujours présente et rien ne peut nous arrêter: en avant vers la citerne pour les 13 aventuriers en comptant Nadine, un membre de l'équipe venue tout juste pour la 1èer. étape. Après un dernier effort dans la Karukéra qui ressemble plus à une ravine qu'à un sentier, Un grand soulagement nous étreint en découvrant le refuge. Il est 16h. Quel bonheur après l'effort de pouvoir se retrouver à l'abri de la pluie, bien au chaud. Ce n'est que le premier jour et malgré les courbatures er bien qu'aspirant au repos, nous prenons le temps de nous laver près d'une petite source, d'y recueillir pour le lendemain. De tendre des cordelettes afin d'y suspendre nos vêtements mouilles pour les faires sécher. Enfin nous nous retrouvons tous autour des bougies, des réchauds. L'équipe œuvrant en parfaite harmonie. Tout le monde s'active, il faut se restaurer, accrocher les sept hamacs, ouvrir les sacs de couchages. Six d'entre nous préférerons les bas flancs; on s'entraide et c'est formidable. A l'intérieur du refuge La température est agréable. La fatigue s'empare de tous; on voudrait bien continuer à échanger sur cette journée mais il faut se reposer. Les bougies sont soufflées, les lampes éteintes; bruissement des corps dans les hamacs, les plus jeunes sortent prendre l'air. Encore quelques murmurez, et le silence s'installe sur la première nuit.

DEUXIEME JOURNEE 5H 30
Plutôt au ralenti. La nuit fut courte, interrompue bien avant les premières lueurs de l'aube par la sonnerie intempestive d'un portable. Sacré Guillaume! Il faut s'affairer, déjeuner rapidement, s'habiller et boucler le sac à dos.
En avant pour 16 km et un dénivelé de 1437 mètres. Tout d'abord un petit tour de la soufrière, un petit groupe décide d'escalader l'Echelle et atteint le sommet à 8h40 tandis que le reste du groupepoursuit par la route en compagnie de la logistique. Pierre et Claudine - qui nous avaient donné rendez-vous au pied de l'Echelle, ainsi que Nadine et André (76 ans) pour qui ce sera la dernière étape. A certains endroits le vent souffle fort, amenant brouillard et gouttes glacées, mais quel ravissement! Nous en profitons pour faire des photos car le paysage est magnifique depuis le sommet. Mais il faut progresser, et les efforts ne sont pas moindres. La jonction des deux groupes se fait enfin de contour de la soufrière. Voici la Carmichaël tant redoutée, Couverte d'orchidées, sentier à moitié bouché par la végétation et très boueux. Après la Grande Découverte et Vigie, c'est l'enfilade de la Victor Hugues, boueuse à souhait et tout aussi blanche d'orchidées, soulignées par des touffes de lys jaunes. Descendre, remonter, ça n'en fini pas, mais même dans l'effort, nous y trouvons du plaisirs nombre d'entre nous dégringole la pente en zigzagant, s'aidant des mains pour prendre appui sur les branches situées de part et d'autre du sentier, pour s'élancer de l'autre côté tel de grands primates. Marcher dans la boue, glisser et se relever, franchir avec prudence des précipices, nous souffrons mais qu'importe: il faut aller jusqu'au bout, qui aujourd'hui est le refuge du morne Frabault, atteint vers 18h15. A l'arrivée, même scénario que la veille, mais cette nuit là, il fait froid et l'on entend les rafales de vent accompagnées par la pluie.

TROISIEME JOURNEE 6h
Il ne fait très beau. Les pieds commencent à être, le sac pèse mais le moral est bon et le but approche. Ce matin, lourde décision, Evelyne abandonne à cause d'ampoule aux talons. Sa sortie s'effectuera par Vernoux, et marc se dévoue pour l'accompagner. Il nous rejoindra au début de la soirée pour la dernière étape. Il faut avaler les 16 km et 1216 mètres de dénivelé. La trace de Merwart et avec elle les mornes Moustique et Norès, puis Bel-Air et Merwart et ainsi que les Trois crêtes, le Piton de Bouillante, la Crête de Pigeon, et enfin route de la Traversée, aux pieds des Mamelles. Dure journée. Tout le monde a souffert, la progression était lente, la fatigue se faisait sentir, mais sur le toit de la Guadeloupe, quelle splendeur.
Ce même jour, tous purent admirer l'habituée et le professionnalisme des pompiers du GRIMP (Groupe de Reconnaissance et d'Intervention en Milieux Périlleux) profitant de la présence de notre groupe sur le site, et en coordination avec les organisateur de la traversée, ils avaient programmé dans le cadre d'un entraînement , un exercice d'hélitreuillage au piton de bouillante. C'est l'instant choisi pour leur demander de ramener une des randonneuses qui présente un handicap et qui ralentit sa progression. Cr fut le jour le plus long.
Les derniers arrivent à la nuit au refuge de morne Léger ou les attend une équipe de randonneurs montés pour passer la nuit et repartir au matin avec eux. L'accueil fut chaleureux, ils ont pris en charge les plus faibles. Après un excellent repas, tout le monde s'endort avec dans la tête un air de victoire.

QUATRIEME ET DERNIERE JOURNEE 6h 35
Départ pour attaquer ces 25 km et 1150 m de dénivelé qui nous séparent de la plage des Amandiers à Sainte-Rode. Le début est agréable. Fraîcheur du matin, sous bois silencieux et ambiance bon enfant. Puis ça se corse, et les ascensions se succèdent à un rythme soutenu: morne Jeanneton, la Contrebandier traversée vers 9h 50, le Mont Pelé, la Couronne, le Belvédère, il ne faut pas traîner mais il faut rester groupés.
Nous commençons à entrevoir une belle arrivée. On se sent bien malgré quelques difficultés pour certains dans les montées. En revanche, quelle dégringolade sur certaines pentes! C'est devenu un jeu pour ceux-là
même qui appréhendaient avec crainte les glissades, la boue, les risques de chute. Sommes nous devenus insensibles, aguerris? Heureux de constater que nous sommes en train de réussir notre challenge et nous nous sentons pousser des ailes.
De superbes vues sur le Grand-Cul-de-sac, les côtes de Grande-Terre, la Canopée dense des forêts de la Basse-Terre nous arrêtent quelques instant, c'est si beai !
Mais que l'étape est longue ! Après une course échevelée, nous arrivons à l'orée des bois , dans les hauteurs de Solitude à 15h00. La forêt derrière nous, les champs de cannes devant, la mer et les îlets du Grand-Cul-de-sac marin: c'est gagné ! Descente groupée. Mais dans les champs, surprise ! le sentier est coupé au moment de traverser la rivière pour rejoindre Davidon. Il faut inventer un autre passage. La fatigue aidant, avec le temps perdu à chercher et contourner, la cohésion fond un petit peu. L'énervement pointe à l'horizon, les esprits s'échauffe à cause de la proximité de l'arrivée, qui se fait désirer, nous marchons depuis plus de 10 heures, puis nos quides trouvent enfin le bon passage, les copains viennent à notre rencontre, la joie revient sur les visages, les cœurs se radoucissent, l'honneur est sauf et l'amitié aussi. Encore une petite demi-heure et c'est l'arrivée sur la plage des Amandiers : il est 17h40. Quelle chevauchée! Près de 11h de cavalcade à travers une montagne fantastique, une forêt splendide, des sentiers en état d'entretien exemplaire.
Un travail d'équipe, un plaisir sans limite, un travail d'équipe. Exploit sportif pour certains, sentiment du travail accompli pour d'autres, souvenir inoubliable pour tous.

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